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Jour 2

Le matin, à Parry Sound, les derniers préparatifs sont presque terminés. Le ciel est lourd et des orages sont annoncés pour l’après-midi, précisément au moment où je devrais arriver au camp. Je sais que je suis équipé pour gérer la pluie. L’incertitude donne soudain au départ une autre réalité.

Au water taxi, tout est conforme. Laurie insiste sur la sécurité, vérifie que j’ai bien son numéro et me rappelle qu’ils peuvent venir me chercher en cas de problème. Elle me recommande chaleureusement What3words, qui permet de localiser précisément un endroit avec trois mots. Dans son bureau, je suis à ///assaisonnement.embreuvage.réchauffer. Facile à transmettre aux secours si nécessaire.

 

Son inquiétude me fait sourire, mais produit aussi un effet inattendu : si même quelqu’un du coin considère que partir seul là-bas est « pretty wild », comme elle dit, alors l’aventure est bel et bien là, tout autour de moi.

 

Je vois bien que je suis un alien. Les gens de la marina observent chacun de mes mouvements pendant que je prépare le paddleboard au gonflage assisté par l’auto et transporte mes sacs près du bateau. Une pensée m’effleure : « Je me suis booké un bateau juste pour moi, c’est malade. »

 

Tout a une allure de normalité étrange. Mes gestes sont naturels et précis, sans approximation ni doute. J’exécute la séquence que j’avais prévue dans ma tête. Je compte les sacs une dernière fois et donne mon go. Le moteur démarre. L’air passe dans mes cheveux. Il y a cette odeur de lac que je reconnais immédiatement. Le bateau accélère et l’eau défile.

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Le bateau me dépose au premier portage. Six cents mètres. Le matériel est lourd, beaucoup trop lourd pour être transporté élégamment. Qu’importe, mon esprit et mon corps sont en feu. Ma planche plantée au milieu des arbres a quelque chose de complètement irréel. Curieusement, ça ne me met pas mal à l’aise. Je repasse en mode « forêt » avec un vrai pantalon, de vraies chaussures, la cloche à ours, le spray anti-moustique. Je regarde le sentier, il semble propre. Je jette un regard en arrière : le water taxi est déjà tout petit. Il n’y a plus de bruit.

 

L’effort est très intense. Le stock pèse sur mon corps et la distance semble soudain beaucoup plus longue que six cents mètres. Je repense à l’an passé : j’avais parcouru 15 km avec tout mon matériel sur le paddle. C’était un effort dense, mais constant, réparti sur quatre ou cinq heures de parcours. Ici, j’ai le sentiment que le même effort se condense en une seule heure.

 

Je laisse une valise en chemin, reviens, repars. Deux voyages et demi plus tard, je suis essoufflé, mais de l’autre côté. Devant moi, le premier lac : eau claire, granit, petites îles.

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Après une courte traversée et un second portage, j’atteins enfin le camp avant 14 h. Il est surélevé au-dessus de l’eau, entouré d’arbres, avec une vue dominante sur le lac. Tout le stock est posé sur la table. Avant de m’installer, je commence à filtrer de l’eau et reconnais les lieux. Je n’ai plus besoin de me presser. Il fait beau, il y a de l’air, les moustiques sont supportables. Je suis arrivé.

 

Le camp prend forme. La nourriture est suspendue loin du site, la bâche est tendue, l’eau est prête, les voies de passage restent dégagées. Puis vient quelque chose de beaucoup plus simple : je me baigne. L’eau est fraîche, le lac silencieux. Je reste un moment dans l’eau sans avoir besoin de faire autre chose.

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De retour au camp, je fais un feu pour cuire mon repas. Tout ce que j’avais préparé pendant des mois devient soudain concret. La nuit tombe. Je regarde les étoiles et écoute le lac. Quelque chose que j’avais laissé s’effacer reprend sa place. Et, pour un moment, moi aussi.

À 23 h 28, le premier vrai imprévu arrive. À peine installé dans la tente-hamac, j’entends un craquement. Une seconde plus tard, je suis au sol, emmêlé dans la toile. Une armature a cassé. À la frontale, je transforme tant bien que mal le hamac en tente au sol et improvise une réparation.

 

Je n’ai pas de matelas. Je dors à même le sol. Plusieurs fois dans la nuit, la douleur me réveille dès que je reste trop longtemps dans la même position.

 

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La première journée au camp se termine comme finissent probablement toutes les aventures : le plan cesse d’être le plan.

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