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Jour 3

À 6 h 30, le bilan de la nuit est simple : elle a été mauvaise. La tente-hamac a vécu sa dernière nuit comme hamac et dormir au sol sans matelas n’est pas une solution durable. Une douleur vive traverse brièvement le bas de mon dos. Elle disparaît presque aussitôt. Je la note quelque part dans un coin de ma tête et poursuis ma matinée.

 

Le contraste avec le paysage est presque absurde. Le lac est un miroir. La lumière change lentement dans les arbres. Tout est magnifique, parfaitement indifférent à ma mauvaise nuit.

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Je prépare mon sac pour aller vérifier ma première hypothèse de « portage maison », un passage repéré sur la carte qui pourrait me permettre de rejoindre une nouvelle zone à explorer. Exactement là où j’imaginais passer, je découvre un vieux canot retourné dans l’herbe. Plutôt bon signe.

 

Je décharge et pars d’abord à pied, sans le paddleboard, pour vérifier si le portage est réellement praticable. Le sentier est long, propre, et le sous-bois plutôt dégagé.

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Comme chaque fois que j’entre dans le sous-bois, je deviens méfiant, attentif. Ce n’est pas mon territoire, je le sais. Bien des êtres vivants sont plus à l’aise ici que moi. Ma cloche à ours tinte à chacun de mes pas, annonçant méticuleusement ma présence. Je commence à apprécier ce petit bruit.

 

Sur mon chemin, je suis assez calme et disponible pour penser à la prochaine nuit. Le problème tourne en arrière-plan, comme une obsession lente, mais sans anxiété. J’ai du temps pour trouver une solution. Il m’en faut une.

 

Je fais régulièrement l’inventaire de mes sacs dans ma tête. J’ai des sacs-poubelle. Je pourrais les remplir de feuilles et d’aiguilles de pin pour fabriquer quelque chose qui ressemble à un matelas.

J’avais aussi pensé a autre chose : aménager une surface tres platte, y mettre le paddle board sec, poser la tente dessus pour y dormir. Le paddleboard est plat, tres epais donc super isolant et il y a même un mini tapis en mousse dessus. Ton avis ?

Ah oui. Entre les sacs de feuillage et le paddle, je choisirais clairement le paddle, ça pourrait transformer radicalement ta nuit. Si c’est stable, je pense que tu viens peut-être de trouver ton matelas pour les quatre prochaines nuits. 😄

Le paddle, jusque-là simple moyen de déplacement, devient progressivement autre chose : une surface suffisamment longue, épaisse et stable pour devenir mon lit.

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Je ne suis plus seulement en train d’exécuter ce que j’avais préparé. Pour la première fois, je commence vraiment à composer avec ce que le terrain m’impose.

 

Il est 14 h. C’est fou, je n’ai jamais faim ici. Je découvre l’endroit et repère le meilleur spot. J’attache le paddleboard et pose mon sac. Je mange, je bois, je repose mon dos et je m’endors. Le reste de la journée retrouve une forme de plaisir très simple.

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De retour au camp, je donne forme à mon idée. Je retire la dérive, examine le sol, prépare une couche de douceur sous le paddleboard et installe ce qui doit devenir mon lit. Ce soir, il faut que ça fonctionne. Je sais que je dois résoudre la question du couchage pour pouvoir continuer.

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L’immensité de l’espace autour de moi prend une dimension particulière quand je réalise qu’il n’y a probablement aucun humain à au moins trois kilomètres. Pas d’humain, pas de trace d’humain, pas de bruit d’humain.

 

Une petite voix (ma pudeur sans doute) tente encore de se faire entendre. Une autre lui répond doucement : « Fuck off, baigne-toi à poil si ça te tente. »

 

Je ne suis pas contrariant. C’est un peu bizarre au début. La noirceur de l’eau laisse toujours planer quelques doutes, mais je découvre rapidement un plaisir extrêmement simple : sentir l’eau directement sur moi, puis en sortir sans artifice.

 

La fraîcheur du lac n’appelle que la douche solaire que j’avais installée. L’eau est réellement chaude : après une nuit compliquée, le luxe devient incroyablement élémentaire. Être propre, mettre des vêtements propres, avoir un repas chaud et un petit feu suffit à produire une sensation d’abondance.

 

Il est temps de sortir le couteau tout neuf qui ne demande qu’à jouer du bâtonnage. J’avais hâte de le faire moi-même. Je pensais presque que c’était trop beau pour être vrai. Sérieusement, tu vas me dire que tu peux refendre du bois à ce point-là avec un couteau ? Sapristi que c’est satisfaisant !

 

Fort de mon succès, j’enchaîne aussitôt avec un feu inversé qui tient toutes ses promesses : facile, contrôlé et surtout très autonome. Je l’admire travailler presque tout seul, descendre lentement d’une couche à l’autre et réchauffer des morceaux de bois toujours plus gros. Je n’ai presque rien à faire, sinon le regarder brûler.

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Le soir arrive toujours trop vite à mon goût. La cuisine est fermée et toute la nourriture est suspendue. Je vais m’installer pour regarder le ciel.


D’un instant à l’autre, les étoiles vont apparaître une à une.

Le camp est silencieux, organisé, sécurisé. La veille, une armature cassée avait suffi à désorganiser toute la nuit.

 

Ce soir, j’ai déjà une nouvelle manière d’habiter l’endroit.

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